Bonne année 2016

 

Ouf. Le mois de décembre est enfin terminé. Finie l’invasion des restaurants par des tablées de dix à vingt personnes toujours bruyantes afin de masquer la tristesse de fêter (?!) par obligation professionnelle la fin d’une année bonne ou mauvaise ou le début d’une autre bien évidemment prometteuse ; finie la fermeture de la plupart des bonnes tables de Paris entre Noël et Jour de l’An ; finie l’envolée ridicule des additions des soirées des 24 et 31 sous prétexte de l’ajout de trois grains de caviar ou trois miettes de truffes de mauvaise qualité.

Sagement, vous êtes restés chez vous pour marier du foie gras à un cidre de glace désormais facilement trouvable, un chapon accompagné de crosnes, topinambours et panais à un vieil Hermitage, un Mont d’Or très coulant à un très ancien Château Chalon, un dessert certainement trop sucré mais tellement bon à un Rivesaltes de 30 ans, des chocolats raffinés à un pur malt dont on a oublié l’âge.

Mais comme vous avez certainement aussi succombé à la tentation consolatrice d’excès roboratifs, je ne résiste pas au plaisir de vous faire lire quelques lignes d’ Alexandre Vialatte (La Montagne – Chronique du 2 janvier 1962) :

 

« Le début de l’année a été marqué par la routine des indigestions habituelles. L’homme, en effet, au début du solstice, fête l’hiver en ruinant son foie. L’oie traîne le sien comme un fardeau. Le financier aisé le déguste avec des truffes dans une porcelaine de grand prix. Le financier moins aisé, comme le facteur rural, le marchand de singes ou le poète lyrique, le mange avec des « pommes salade » dans une assiette d’un moindre prix. Sous une forme atténuée, telle que le fromage de tête. Ces excès épaississent le sang et figent la bile dans le canal cholédoque. On prendra des bouillons légers et des pharmacies décapantes pour écouvillonner les coudes de l’intestin. Un jeûne léger, des musiques douces et des rêves optimistes chasseront petit à petit le plus gros du délire. Les urines deviendront plus claires. L’épouse se promènera dans tout l’appartement en agitant du papier d’Arménie. Les amis auront le droit d’apporter des oranges, des proverbes, des mandarines. Le médecin présentera sa note. On fêtera la convalescence en chantant des chansons à boire autour d’un homard Thermidor suivi d’une choucroute mitonnée couronnée de saucissons de Morteau. Le gigot sera tendre et les fromages intéressants……. »

BERTHERAT-SPAGHETTI - copie

 

Donc recommençons, avec ce bonheur maintenant bien installé, de ne plus être enfumés dans aucun restaurant, laissant bien volontiers ce privilège aux salaisons, saumons et autres poissons nordiques.

 

Excellente année gastronomique à tous.

 

P.Hailaire

 

Photos, Copyright Nicolas Bertherat

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